Faut-il investir en Bourse durant le Covid-19 ?

Au-delà des pertes humaines tragiques imputables au Covid-19, la pandémie a fortement chamboulé les marchés. Après une première déflagration historique au mois de mars, c’est toute l’économie mondiale qui a été impactée. 

Si certains investisseurs n’ont pas hésité à saisir les opportunités de cette crise, d’autres ont été plus réticents à prendre des risques et redoublent de vigilance, d’autant que les conséquences économiques du Coronavirus restent difficiles à chiffrer sur le long terme. Il est quasiment impossible de déterminer les meilleurs points d’entrée sur les marchés et il en devient même dangereux de faire des prévisions hasardeuses sans l’accompagnement d’un expert.

Face à la conjoncture actuelle, comment investir en Bourse ?

Covid-19 : État des lieux des marchés financiers

À l’instar des principales places financières mondiales, la bourse de Paris a vécu un « jeudi noir » en clôturant sur une baisse de 12,28 % le 12 mars 2020. Le marché a particulièrement mal réagi à l’annonce par la Banque centrale européenne (BCE) des mesures visant à lutter contre les retombées économiques du Coronavirus, ces dernières n’ayant pas totalement rassuré les investisseurs les plus inquiets.

Malgré la chute des marchés actions à la fin du mois de février (-30 % par rapport au plus haut de 2020), certains investisseurs en ont profité pour rentrer sur un niveau de marché particulièrement bas. En 5 semaines, les volumes globaux de collecte nette ont ainsi été multipliés par 3 par rapport à la moyenne de 2019. Ce sont ainsi environ 3,5 milliards d’euros qui ont été investis, notamment par le biais de compte-titres et de PEA. 

L’étude réalisée par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) du 24 février au 3 avril pendant la période de plus grande volatilité des marchés met notamment en exergue une augmentation significative des volumes d’achats nets sur les titres du SBF 120 représentants en montant 80 % des transactions du marché actions français. L’AMF dénombre également plus de 150 000 nouveaux investisseurs, plus jeunes que les clients habituels, sur le marché des actions du SBF 120. 90 % des positions prises à l’achat avaient été conservées à la fin des 6 semaines de crise observées, seules 10 % ayant fait l’objet d’allers-retours opportunistes ou de réallocation d’actifs. 

De son côté, l’assurance-vie a, semble elle aussi, avoir tenu le choc… malgré une collecte négative jusqu’à présent. Alors qu’ils plaçaient plus de 12 milliards d’euros par mois en moyenne dans leurs contrats en 2019, les épargnants ont réduit leurs versements à 7 milliards par mois entre mars et mai 2020. Les versements en unités de compte sont toutefois restés à un niveau élevé. Sur les cinq premiers mois de l’année, ils ont atteint 15,5 milliards d’euros, soit environ 36 % des nouveaux versements, selon la Fédération française des assurances (FFA), alors qu’ils représentaient moins de 30 % des versements en 2019. Si la crise sanitaire a révélé un certain engouement des Français pour les placements financiers et ce, malgré la forte volatilité des marchés, la propension des assureurs à limiter l’accès aux fonds en euros ont vraisemblablement permis d’éviter un repli sécuritaire massif. L’assurance-vie demeure néanmoins le placement financier préféré des Français, avec plus de 1 754 milliards d’euros d’épargne accumulée fin mai. Selon une étude Kantar réalisée pour Placement-direct.fr, près d’un souscripteur sur deux (45%) envisage d’effectuer de nouveaux versements sur son contrat dans l'année à venir.

Lorsque les marchés financiers subissent une forte correction, faut-il vendre (et risquer d’essuyer des moins-values), attendre (et passer à côté d’opportunités de marché) ou réinvestir (quitte à perdre l’intégralité du capital investi ?) Comment arbitrer ses placements et réallouer ses actifs afin de diluer les risques ? Faut-il opter pour la sécurité ou saisir les opportunités de la crise ?

Investir sur les marchés en temps de crise : risque inconsidéré ou réelle opportunité ?  

Sur les cinquante dernières années, l'investisseur qui aurait placé son argent dans les valeurs du CAC 40 (et son ancêtre), aurait multiplié sa mise par 19 (+1 895 %), soit un taux de rendement annuel moyen de 6 % (9 % dividendes compris). Bien que les “turbulences” à court terme peuvent être brutales (en début d’année, l’indice français avait perdu plus de 35 %), peu d’investissements peuvent se vanter d’être plus rentables dans la durée. Par ailleurs, la probabilité de perdre de l’argent sur un placement de 5 ans en Bourse était de 20 % (1 chance sur 5) sur le siècle dernier.

L’investissement financier est un moyen parmi d’autres destiné à compléter l’ensemble des outils à disposition pour créer du patrimoine et valoriser son épargne. En ce sens, une période de crise, qui peut être une réelle opportunité pour investir, ne doit pas conduire les épargnants à miser l'intégralité de leurs économies dans un investissement non diversifié.

La diversification n'est pas toujours évidente à mettre en œuvre. La multitude d'options de placements disponibles pour les investisseurs, capables d'investir dans plusieurs classes d'actifs et zones géographiques, a, certes, élargi l’éventail de choix de diversification, mais a également complexifié les prises de décision... d'où l’utilité des gestionnaires de patrimoine pour les particuliers et les professionnels cherchant à obtenir des rendements à long terme. 

Les investissements doivent être en ligne à la fois avec les objectifs, la tolérance au risque, l’horizon de temps et les contraintes spécifiques de l’investisseur. Les recommandations ne seront pas les mêmes pour l’investisseur souhaitant valoriser les apports pour l’achat de sa résidence principale d’ici 3 ans que pour celui qui cherche à anticiper le financement des études de ses enfants dans 15 ans. De la même façon, la volatilité des revenus liés à l’activité doit être prise en compte. Le capital financier (englobant l’immobilier) doit compenser le capital humain. Au début de la vie professionnelle, le capital humain (qui correspond à la somme à venir des salaires) est maximal tandis que le capital financier est généralement faible. Au fil du temps, de sa carrière et à mesure que la retraite approche, le capital financier doit prendre le relais afin de maintenir son niveau de vie.

La compensation doit également avoir lieu au niveau des risques. Par exemple, un(e) fonctionnaire ayant un revenu futur relativement sécurisé, malgré un faible potentiel de hausse, peut se permettre de prendre plus de risques, toutes choses égales par ailleurs. En cas de perte ou de mauvais timing, les salaires compenseront et permettront alors de continuer à investir. 

Comment investir en Bourse ?

Après une baisse de près de 40%, on semble relativement éloigné de la moyenne de long terme. Bien qu’il faille rester prudent, il ne faut toutefois pas rester spectateur de la chute des marchés, au risque de se priver du rebond. Les krachs constituent, en effet, des réelles opportunités de marché. Il peut ainsi être intéressant de réallouer ses actifs vers des entreprises dotées d’un profil profitant actuellement de la crise sanitaire, notamment dans les secteurs de la santé et des télécoms, ou qui pourraient bénéficier de la reprise (comme le secteur du luxe qui devrait être poussé par un phénomène de « revenge consumption » comme en Asie).

Les épargnants doivent donc accepter les incertitudes (décuplées par la pandémie avec une possible seconde vague) qui pèsent sur l'économie mondiale actuelle. Attention donc à ne pas laisser ses émotions influencer ses décisions financières… au risque de mettre (très sérieusement) à mal la rentabilité de ses placements.

Faire des prévisions à court terme n’a que peu d’intérêt (encore moins aujourd’hui) et les solutions pour ressortir gagnant de cette période de crise inédite restent inchangées : s'inscrire dans une vision à long terme et diversifier ses placements afin de diluer les risques. 

Investir en Bourse pendant la crise du Coronavirus peut donc s’avérer lucratif… à condition de définir une stratégie d’investissement et un horizon de temps.  Ainsi, il faut :

• respecter son projet de vie et réaliser un audit patrimonial de qualité ;

• ne pas mettre tous ces œufs dans le même panier et diversifier ses placements afin de diminuer le risque global de votre patrimoine ;

• privilégier les versements programmés, qui sont un excellent moyen de réduire le biais humain du « timing » et permettent de diversifier les points d’entrée et, in fine, le coût moyen des investissements.

Michaël Pachter
7 ans d’expérience en finance de marché et en gestion privée. Diplômé d’un Master en Mathématiques Appliquées à l’Economie et à la Finance et d’un Master spécialisé en Finance de Marché.
Expert financier chez KAYS Wealth Management